"Sans médiation en santé, il n’y a pas de santé communautaire possible. Et sans santé communautaire, il n’y a pas de justice sociale." Dans une lettre ouverte publiée sur leur site, les médiatrices en santé des structures adhérentes du Réseau des centres de santé communautaire s'érigent en défense de la médiation en santé et de la santé communautaire. Parce qu'"à l’heure où l’accès aux soins se complique, la médiation en santé n’est pas un luxe", rappellent-elles, alors que l'avenir du modèle Secpa (structures d'exercice coordonné participatives) est en suspens depuis la première annonce de l'arrêt à fin avril 2026 de l'expérimentation et des financements liés puis de la promesse de la ministre de la Santé d'un maintien intégral des financements à fin 2026… Et en parallèle, l’ouverture d’un "espace de travail" visant à construire le dispositif d’entrée dans le droit commun "au-delà de 2026", précise le ministère, conscient, a-t-il rappelé, que les "évaluations qui ont été menées sont claires : l'expérimentation Secpa est positive".

"Ce répit momentané ne doit pas faire oublier la menace que ferait peser un arrêt des financements de ce dispositif, dans sa forme actuelle, sur des métiers essentiels et de première ligne, dont les médiatrices en santé, précise la lettre ouverte. Nous ne parlons pas ici d’un ajustement technique. Nous parlons d’un choix politique. Un choix qui menace directement des pratiques construites depuis des années au plus près des habitants, dans les quartiers, dans les centres de santé communautaires, dans les lieux où les inégalités de santé se vivent concrètement." 


Métier "de lien et de confiance", "d’écoute et de solidarité", la médiation en santé "est un héritage de luttes collectives", détaille leur courrier. "Elle est née de combats pour faire reconnaître que la santé ne peut pas être réservée à celles et ceux qui maîtrisent déjà les codes, les langues, les démarches et les institutions." Rappelant la charte d’Ottawa de l'OMS qui, dès 1986, affirmait que la santé se construit "dans les conditions de vie, dans l’émancipation, dans la participation des populations, et dans la capacité des systèmes à se transformer pour devenir réellement accessibles", les médiatrices en santé assurent que leur métier est "l’incarnation concrète de ces principes : elle part des personnes, de leurs savoirs, de leurs vécus, et reconnaît leur légitimité à être actrices de leur propre santé". C'est donc "un levier majeur de réduction des inégalités sociales de santé" et traduit "une vision politique forte, celle d’un système de santé qui ne se contente pas d’exister, mais qui se rend accessible, accueillant et juste"

Dès lors, fragiliser la médiation en santé, "c’est tourner le dos à cette histoire, à ces engagements, et aux valeurs mêmes de la promotion de la santé. C’est accepter que certaines vies comptent moins que d’autres. Nous refusons cela", dénoncent-elles.   

"Porter une voix que l’on n’écoute pas toujours"

Parce que "contrairement aux idées reçues", la médiation en santé va bien au-delà de l'accompagnement de personnes "ultra précaires". "C’est être présent aux côtés des personnes pour préparer un rendez-vous médical, comprendre un courrier, expliquer des résultats, traduire des codes souvent opaques, rappeler des droits, soutenir la prise de parole en consultation, demander un interprète, alerter sur des violences médicales, porter une voix que l’on n’écoute pas toujours… [C'est intervenir] en milieu urbain ou rural, là où l’accès aux soins est plus long, où le renoncement aux soins est plus fréquent, là où les parcours sont morcelés, instables, parfois chaotiques". C'est ce qui fait parfois "la différence entre abandonner ou poursuivre un parcours de soins. Entre subir ou comprendre". C'est aussi "identifier des dysfonctionnements, les faire remonter, contribuer à transformer les pratiques". Autant de missions d'aller-vers qui disparaîtraient "avec la coupe des financements, et ce seront d’abord les populations précarisées qui en paieront le prix. Mais, en réalité, c’est l’ensemble du système de santé qui s’appauvrira"


Nouvelles missions, nouvelles compétences, nouveaux savoir-faire… Ce métier évolue "avec les réalités sociales, les transformations du système de santé et la complexification des parcours. Cette plasticité n’est pas une faiblesse : c’est une richesse", assure la lettre ouverte. Les médiatrices en santé refusent donc que "la médiation en santé devienne une variable d’ajustement budgétaire" et que leur métier "qui tient debout des parcours de vie entiers" soit fragilisé. 

Et parce que "défendre la médiation en santé, c’est défendre l’idée que la santé est un droit pour toutes et tous, pas un privilège", et que c'est "défendre une vision humaine, collective et émancipatrice de la santé", elles demandent une reconnaissance "claire et nationale" de la médiation en santé, des financements fléchés et pérennes, des postes stables, une intégration pleine et entière de la médiation en santé dans les politiques de santé publique, ainsi que la pérennisation et la généralisation du dispositif Secpa. 

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