"'La Cnam ne lâchera pas les Asalée.' Ce sont les paroles apaisantes prononcées par le directeur général, Thomas Fatôme, devant près de 2.000 professionnels de santé réunis à Lyon les 6 et 7 mars 2026, aux Rencontres nationales d'AVECsanté, la fédération nationale des maisons de santé.

Pour situer les choses en une phrase : Asalée, ce sont des infirmières employées (salariées) par l’association éponyme et qui, depuis 2003 et en coordination avec des médecins généralistes prescripteurs, interviennent auprès de malades chroniques pour développer une éducation thérapeutique avec ces patients. À l’origine, au tout début des années 2000, on trouve une initiative professionnelle portée par un médecin généraliste, Jean Gautier*, installé à Chatillon sur Thouet dans les Deux-Sèvres, infatigable animateur, autant réservé que résolu, animateur de ce projet et président de l’association jusqu’à 2020.

L’éducation thérapeutique (ETP) – qui allait être consacrée quelques années plus tard dans le texte de loi "HPST" – représentait alors un attrait important pour les infirmières, contraintes, au terme des trois années de formation initiale dans les instituts de formation (Ifsi) par leur décret d’actes plutôt restrictif. Un attrait qui se traduisait alors par le succès de plusieurs nouveaux diplômes universitaires dédiés à l’ETP, eux-mêmes motivés par les résultats positifs publiés en Suisse (travaux d’Assal) en Belgique (Louvain) et au Canada. Bref, c’est très naturellement que les premières Asalée s’engageaient dans l’ETP… pour laquelle les médecins n’avaient pas nécessairement, ni l’appétence, ni les compétences ni la disponibilité. 

Et à l’évolution, alors que la CPAM locale accordait ses premiers soutiens financiers, les infirmières, via le cheminement laborieux de la première mouture de l’article 51 HPST de 2009, ont spontanément étendu et diversifié leurs champs d’intervention. Toujours en lien avec les médecins généralistes, les Asalée ont pu alors intervenir, avec des malades tabagiques à risque de bronchopneumopathies, des diabétiques de type 2, ou à risque cardiovasculaire patent, ou enfin souffrant d’un déclin cognitif… 

En réalité, les Asalée ont alors participé de cette évolution vers un exercice pluriprofessionnel et coordonné, dont on voit bien qu’il constitue la voie privilégiée pour assumer au mieux la "médecine de parcours" qu’impliquent le suivi et l’accompagnement optimal des malades chroniques et polypathologiques qui constituent et de très loin la charge principale auquel notre système de santé – comme celui de l’ensemble des pays développés – doit désormais répondre.

Si bien qu’il ne faut pas s’étonner du succès, sûrement encore perfectible, de ces infirmières, dont on compte plus de 2 000 représentantes et en lien avec des milliers de généralistes du terrain.

Reste qu’un rapport de l’Igas, commandé par le ministre chargé de la Santé en juin 2024 et rendu, signé par cinq inspecteurs, en mai 2025 au terme d’une année d’investigations et d’auditions approfondies, relève une série d’anomalies ou d’irrégularités dans la gestion de l’association, singulièrement en regard des dispositions qui liait l’association aux pouvoirs publics ; d’où le blocage actuel et la situation périlleuse où se retrouvent les infirmières. 

Reste aussi qu’au-delà du contentieux vraisemblable, on peut surtout s’interroger sur le degré de réactivité des pouvoirs publics qui ont laissé se développer pendant plus de vingt années dans un cadre expérimental et à l’évidence insuffisamment maîtrisé, une initiative tout à fait pertinente. Une intégration dans le droit commun aurait dû être initiée et menée à terme, en redéfinissant en temps utiles les compétences et les diplômes – notamment via la VAE – des professionnelles tout comme les conditions d’exercice et les modalités de rémunération qui convenaient (autant que possible en s’émancipant du seul paiement à l’acte). Les plus anciens se souviendront que ces évolutions avaient été préfigurées entre 2002 et 2004 sous le ministère Mattéi…

Il est tout aussi vrai que ces mêmes pouvoirs publics – au-delà de leurs propres pesanteurs – ont à faire avec les instances et les organisations professionnelles concernées, souvent rétives à redéfinir les cadres établis."

NOTE 
*
Il se trouve que le signataire de ces lignes a un peu connu et échangé avec le Dr Gautier, le rencontrant à une dizaine d’occasions entre 2003 et 2015, jusqu’à siéger ensemble à un jury de thèse d’une des internes qui avait complété son internat auprès de lui. 

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