Certificats enfants malades, certificats d'arrêts de travail, certificats médicaux d'absence de contre-indication au sport, certificats pour les assurances, pour la crèche, pour le périscolaire… Face à une liste démentielle et presque infinie de certificats nécessitant une consultation chez le médecin et donc du temps médical, la campagne "Septembre violet" espère bien renverser la table ou tout du moins, mettre un coup de projecteur sur cette "absurdité", comme l'explique à Concours pluripro Mickaël Rochoy, médecin généraliste et responsable du groupe de travail "certificats-absurdes" du CMG.
L'objectif est donc "simple" : libérer du temps médical afin que les médecins puissent consacrer davantage de consultations aux patients plutôt qu'à des démarches administratives. En effet, les certificats médicaux coûteraient entre 1h30 à 2h par semaine par médecin généraliste, soit l’équivalent de 6 à 8 consultations par semaine. "Nous existons parce qu'il y a un problème. Et le jour où il n'y aura plus de problème, nous n'aurons plus de raison d'exister", précise le médecin.
Quoi de neuf pour l'édition 2026 ? "Les mêmes revendications que les années précédentes, puisque rien n'a bougé malgré des campagnes médiatiques et des interventions de politiques à l'Assemblée nationale et au Sénat, déplore Mickaël Rochoy, un brin pince-sans-rire. Dans nos principales revendications, nous souhaitons toujours faire passer le congé enfant malade en autodéclaration (comme dans de nombreux pays voisins) en supprimant 4 mots dans le code du travail", dévoile Mickaël Rochoy. En effet, depuis 2023, le groupe de travail demande la suppression des quatre mots "constatés par certificat médical", qui imposent aujourd’hui un certificat médical pour poser un congé pour enfant malade.
"La députée Christine Arrigui avait soumis notre question, et la réponse du ministère du Travail - Olivier Dussopt à l'époque - était que ce n'était pas possible parce que ça allait perturber le travail et qu'il y a des salariés qui allait en abuser", révèle-t-il. Un fait "amusant" souligne le médecin puisque cette réponse "intervenait à peu près vers janvier 2024, au moment même où Emmanuel Macron expliquait à la presse, dans ses vœux pour la santé qu'il fallait libérer du temps aux médecins", ironise le médecin qui dénonce de nombreux "effets d'annonce". "La réalité, c'est qu'ils [les politiques] ne font rien de spécial sur ces affaires-là. Et c'est dommage, parce qu'il y a un vrai problème et qu'ils en sont conscients."
Autre mesure similaire demandée par "certificats-absurdes" : l'autodéclaration pour les arrêts de travail courts (également mise en place chez nos voisins belges, allemands, portugais et même anglais). "C'est un sujet débattu depuis plusieurs années. François Braun avait même demandé une mission sur le temps médical (rapport Franzoni-Albertini) qui mis en avant sa pertinence... mais aussi le fait que les médecins étaient également d'accord", rappelle le responsable du groupe de travail.
Problème, le Medef et la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) s'y étaient opposés avec un argument assez fallacieux : les salariés vont frauder. Mais, comme le rappelle le médecin, "il y a un délai de carence en général, et les gens n'aiment pas perdre de l'argent". S'il y a une suspicion de fraude, "l'employeur peut tout à fait décider, comme il peut déjà le faire actuellement, de missionner un médecin via une entreprise et payer ce contrôle. Mais le Medef y est opposé parce qu'ils veulent leur petit contrôle gratos qui ne sont pas des contrôles en réalité", insiste Mickaël Rochoy, qui rappelle qu'en ce qui concerne les arrêts de travail courts (gastro, lumbago, rhinopharyngite…), "il nous est impossible de vérifier et de dire si oui ou non le patient tente de frauder".
Deux principales revendications du groupe de travail qui impliquent "de garder plus de créneaux d'urgence pour ces problèmes qui sont en fait plutôt administratifs et pas médicaux, et qui viennent chambouler notre emploi du temps déjà souvent chargé. Ce n'est pas nous qui le disons, la Cour des comptes eux-mêmes , rappelle le médecin.
Parmi les autres demandes, "certificats-absurdes" demande notamment : une liste limitative des certificats médicaux légaux : toute autre demande devenant illicite et sanctionnable et donc, la fin des pratiques illégales dans le secteur des assurances. Un alignement des clubs sportifs non affiliés sur les règles des fédérations – un problème connu depuis novembre 2024 et dont un changement est annoncé "prochainement" – est aussi réclamé (le CMG a même contacté 36. 000 clubs en juin 2025 afin de renouveler sa demande d'alignement). Au même titre que la délégation aux services administratifs de prescriptions faciles à déléguer et à faible valeur médicale (prescription de transport, lits médicalisés…).