La décision a été "unanime", nous assure Agnès Giannotti, ce matin : MG France, principal syndicat de médecins généralistes, ne signera pas l'avenant 2 à l'accord conventionnel interprofessionnel (ACI) des maisons de santé. "Dès la lettre de cadrage, c'était mal parti, détaille la médecin généraliste exerçant à la MSP de la Goutte d'Or (Paris, 18e). Déjà, parce qu'elle part d'un constat non partagé : soins non programmés, rendez-vous dans les 48 heures… Ça, clairement, c'est la communication du Premier ministre. Et je l'avais dit dès le début des négociations : c'est essayer de faire rentrer un rond dans un carré ! Pour autant, on a négocié jusqu'au bout pour essayer d'améliorer les choses. Mais on se retrouve avec un ACI de base qui n'est pas revalorisé, alors même que les dépenses des MSP ont augmenté du fait de l'inflation… Tout l'argent est mis uniquement sur France santé. Avec notamment l'obligation d'y adhérer pour en bénéficier. Et ça, on dit non !"

Dans un communiqué de presse publié ce matin, MG France assure que ce dispositif gouvernemental, lancé en septembre 2025 par Sebastien Lecornu, est un dispositif "dangereux" pour les maisons de santé, "une usine à gaz produite sur commande politique".  


Le syndicat ne peut donc pas "cautionner la communication politique, à la veille d’élections, visant à faire croire aux citoyens qu’ils pourront tous nous consulter quel que soit le motif ressenti comme urgent, dans les 48h", poursuit-il, tout en rejetant "un financement parallèle à l'ACI, dégressif, toujours plus soumis à des objectifs mouvants, qui place les structures dans l'incapacité de se projeter".  

"C'est gonflé de nous demander d'accepter ce principe"

"Tout ça me rappelle furieusement le contrat d'engagement territorial (CET) que nous n'avons d'ailleurs pas signé dans la convention mono-professionnelle, lance Agnès Giannotti. Parce qu'ici également, on vous dit que vous ne serez seulement valorisé que si vous en faites plus, avec ce qu'on vous veut : travailler le samedi et le soir, se charger des soins programmés… C'est une vision des choses qui ne prend pas en compte la complexité de notre exercice, mais aussi la souffrance psychosociale qui nous prend du temps. C'était là une mission qu'on espérait voir financer dans France santé, mais là, on se retrouve avec un financement dégressif, et un socle qui disparaît complètement. C'est gonflé de nous demander d'accepter ce principe-là ! D'autant que les objectifs ne pas faciles à atteindre, contrairement à ce qu'ils disent." 

La médecin généraliste rappelle que la seule enveloppe de 50.000 euros équivaut à un poste de médiateur "de base", "et donc on ne peut pas financer autre chose". "Pour la Cnam, on n'a pas forcément besoin d'un plein-temps de médiation… Elle nous rétorque aussi les MSP ont de l'argent par ailleurs. Donc en clair, il faudrait, pour financer complètement France santé, prendre en plus sur l'ACI de base ! Alors même qu'on a un ACI non revalorisé, des équipes en insécurité car financements non pérennes…" Et en face, déplore-t-elle, il y a une "vaste opération de communication politique qui vous demande – c'est écrit noir sur blanc – d'accepter vos patients en urgence ou des patients qui ne sont pas dans votre patientèle… Des professionnels vont donc être en porte-à-faux avec ce discours politique qui va s'intensifier dans l'année à venir parce qu'on ne donne aucun nouveau moyen. C'est comme ce que la ministre a annoncé lundi sur les jeunes en souffrance : aucune aide financière mais un système de coupe-fil, des rendez-vous sous 48 heures…" Ce qui risque, glisse la présidente de MG France, de mettre en difficulté les MSP qui sont déjà les plus engagées. 
 

 


Tout en rappelant que "au moins deux syndicats de médecins, deux syndicats de kiné, un syndicat de sage-femmes, deux syndicats d'infirmiers et deux syndicats de pharmaciens" ont signé l'avenant 2, MG France estime qu'ils "devront porter la responsabilité de leur décision" : "En disant non à France Santé, [on] ne dit pas non aux maisons de santé : [on] les protège", insiste le syndicat. "On ne pouvait pas signer un tel texte, assure Agnès Giannotti. D'abord parce qu'on veut protéger les MSP, mais aussi protéger les médecins généralistes qui étaient le plus ciblés par les contraintes… Et que ce n'est pas un hasard si on est le principal syndicat représentant les médecins généralistes et qu'on ne peut pas signer."

Pour autant, cette décision ne devrait pas, explique la médecin généraliste, "changer la donne" : "On a regardé les textes et tel que c'est écrit, ça ne change rien. Ils sont suffisamment nombreux pour que l'avenant 2 soit signé." 

 
 

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