"Un grand bonheur". C’est ce qu’a éprouvé Emmanuel Vigneron, historien et géographe de la santé, à l’annonce de son élection à l’Académie nationale de médecine, qui fera prochainement l’objet d’un décret. "Évidemment, je suis très heureux, parce que c’est un milieu magnifique, avec vraiment le sommet de la médecine française, européenne, et même mondiale", réagit auprès de Concours pluripro l’expert depuis sa maison des Cévennes. Et il a conscience qu’y être élu est “très difficile”, “il y a beaucoup de candidats, pas beaucoup d’élus”, car “les postes sont limités. On y est élu à vie et donc, hélas, il faut que des postes se libèrent”. C’est d’autant plus difficile d’être élu à l'Académie nationale de médecine, poursuit-il, “quand on n’est pas médecin. Ce qui est mon cas”. Il y a bien “quelques membres qu’on appelle ‘libres’, pose-t-il, mais ils sont très peu” : 6 sur 135 titulaires. Et puis, “ce sont souvent des scientifiques purs” : chimistes, physiciens, biologistes. “Quelqu’un comme moi, qui s’occupe des territoires, un géographe, ça ne s’est jamais vu !” 


crédit E.V.

 

Au-delà de sa propre joie, il éprouve de la joie "aussi pour les territoires. Et la discipline", la géographie de la santé, à laquelle il s’est vite intéressé. "Il m’a semblé assez tôt, pour des raisons [...] historiques, familiales, d’ambiance, qu’il y avait des inégalités territoriales de santé, qu’elles n’étaient pas connues à l’époque [...] et que mon boulot serait de m’y intéresser, de les montrerC’est ce que j’ai fait toute ma vie”, raconte Emmanuel Vigneron, aux “40 livres, 150 articles dans les revues scientifiques”, qui ont fait de lui une référence. “On a fini par accepter la réalité de ces inégalités et maintenant, on se met à envisager de les traiter sérieusement”, se réjouit-il.  


Pour lui, cette élection à la société savante signifie que “le sommet de la médecine française – ce n’est pas rien ! – reconnaît tout l’intérêt de l’approche territoriale des questions de santé. Que non seulement je promeus depuis longtemps, mais que le Concours pluripro porte avec attention”. C’est une reconnaissance également pour “tous ceux qui participent à l’exercice pluripro”, dit-il également. Car il estime que cela “renforce les dispositifs territoriaux [...], surtout les CPTS, les GHT, toutes ces choses par lesquelles la médecine de demain doit s’organiser”.  

Il rappelle que son but “n’est pas de faire de la médecine du pauvre au fin fond du Cantal”, mais que “tout le monde ait accès au meilleur”. Il faut “une organisation sans faille, une gradation des soins bien organisée”, des “rouages bien huilés”, pour que “l’habitant le plus lointain ait accès au sommet de la médecine française”, et que les élus territoriaux ne se retrouvent plus démunis face aux demandes des citoyens. Son projet, résume-t-il, est de “rapprocher les hyper-sachants comme on peut avoir à l’Académie, et ces élus locaux”. Et il en est convaincu : si on arrive à “organiser des systèmes de soins bien fluides, (...) on fera profiter tout le monde du plus haut niveau. Et tout ça en relation avec les acteurs pluripro du territoire”.  

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