Article publié dans Concours pluripro, avril 2026

"Le protocole national est encore dans sa phase foetale." Laurent Schouwey, vice-président de l’Ordre national des pédicures-podologues (ONPP), en charge des affaires juridiques, temporise après la désignation, en décembre dernier, comme lauréat de l’appel à projets pour les protocoles de coopération nationaux, du traitement de l’ongle incarné par phénolisation par le pédicure-podologue. Il faut dire qu’entre le protocole local et sa diffusion à l’échelle nationale, la route est longue. Et ce d’autant plus que le protocole national n’est, dans la stratégie de l’ONPP, qu’une étape en vue d’un objectif supplémentaire : l’entrée dans le droit commun.


À l’origine, comme souvent en matière de protocoles de coopération, tout est parti du terrain et d’un protocole mis en place au pôle de santé des Allymes, dans l’Ain. "La prise en charge de l’ongle incarné n’est pas bien fléchée, et l’errance thérapeutique est très souvent de mise, écrivaient dans nos colonnes à l’automne dernier*
David Premel et Nathalie Rolland, pédicures-podologues au sein de cette structure, à l’initiative du protocole "Prise en charge de l’ongle incarné par phénolisation [par le pédicure-podologue] en coopération avec le chirurgien orthopédiste". Et nous étions insatisfaits de ne pas pouvoir apporter une solution thérapeutique durable à cette pathologie bénigne mais à fort retentissement fonctionnel." Ayant appris que leurs confrères espagnols prenaient en charge cette pathologie par la technique de la phénolisation, ils entreprennent de se former et écrivent leur protocole local avec plusieurs partenaires : l’ONPP, l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes, le chirurgien orthopédiste qui intervient sur le territoire et qui tiendra le rôle de délégant...

Objectif commun

En place depuis juin 2024, et dupliqué dans plusieurs structures dans d’autres régions, le protocole local permet donc "quatre actes dérogatoires : l’anesthésie locale, la phénolisation, la prescription d’antalgique de palier 1 et la prescription du suivi infirmier", expliquent les deux pédicures-podologues. Sur la première année, 83 patients ont été pris en charge et 3 patients ont été réadressés au chirurgien. "Cette équipe a fait un travail remarquable, confie Laurent Schouwey. L’enjeu pour nous, au niveau de l’Ordre, est de tout sécuriser pour que les protocoles locaux en place soient respectés à la lettre, qu’on ait une gestion des risques optimale, et ensuite que beaucoup d’équipes s’emparent du protocole national, que les évaluations soient positives… Si nous y parvenons, le protocole national entrera dans le droit commun de façon naturelle."

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