"Au premier plan des préoccupations des Français, l’accès aux soins continue de cristalliser leurs inquiétudes. De nombreux élus locaux réclament aux agences régionales de santé l’installation de médecins généralistes dans leur commune. Cette question doit être entendue, mais le paysage sanitaire français a beaucoup évolué depuis que les déserts médicaux ont fait leur apparition dans le débat public. Le récent rapport de la Cour des comptes sur le médecin traitant montre que les indicateurs mesurant l’accès aux soins de premier recours ne suffisent plus à définir les besoins à venir. Quand chaque commune veut bénéficier d’un médecin généraliste, le regroupement des professionnels de santé en maison ou centre de santé s’impose pour bénéficier d’une organisation collective efficace.  

La financiarisation des soins de proximité est aussi une réalité qui se mesure à l’aune de l’ouverture de cabinets de soins non programmés, qui détournent de l’exercice de la médecine générale traitante de nombreux professionnels attirés par un exercice plus facile. 

Le Premier ministre, après avoir lancé France Santé à l’automne 2025, veut mobiliser chaque département pour l’accès aux soins de premier recours. Le décret du 1er août 2026 organise un comité chargé de concourir "à l'identification des besoins de soins de premier recours au sein du département et à la détermination de l'offre de soins adaptée à ces besoins sur ce territoire", sous l’autorité du préfet, du président du conseil départemental et du directeur départemental de l’ARS. Si la participation des élus locaux à cette politique concertée est prévue, régions, professionnels de santé et patients se sont indignés de ne pas y avoir été associés. 

 

Besoins en santé et accès aux soins de premier recours


Le Premier ministre prend acte du consensus rappelé par la Cour des comptes. Pour répondre aux défis du vieillissement, de la santé environnementale, des maladies chroniques et des inégalités sociales en santé, l’accès à un médecin traitant est une nécessité pour notre pays comme pour les autres*. Le bon soin au bon endroit, des relations fluides entre premier et second recours, entre ville et hôpital, un suivi attentif dans la durée des malades chroniques et des personnes âgées par des équipes de soins de proximité, assurent la soutenabilité de notre système de santé. Celle-ci conditionne la pérennité de notre protection sociale.  

Trop longtemps, pour répondre aux difficultés d’accès aux soins, les pouvoirs publics ont mis en avant l’augmentation du nombre de médecins formés sans s’occuper de leur qualification. Le pilotage de l’offre de soins s’apparente à celui d’un lourd paquebot ; les changements de cap sont longs à produire leurs effets et difficiles à corriger. Les générations pléthoriques de médecins des années 70 ont vécu une concurrence peu souhaitable et préjudiciable à une bonne organisation des soins. Le nombre de médecins en fin de formation augmente désormais très rapidement, permettant d’anticiper le retour de cette situation en l’absence d’une gestion attentive et ajustée des effectifs. Quels élus nationaux auront le courage de prendre les mesures correctives à temps, à rebours des idées reçues ? 

 

Vers une loi de programmation en santé et une régulation concertée de l’offre de soins ?

Une politique publique en santé ne s’improvise pas dans des mesures ponctuelles. Elle s’appuie sur une stratégie concertée entre acteurs par une programmation pluriannuelle. La rénovation de notre système de santé est en panne depuis quatre ans ! Qui se souvent encore des résultats du Conseil national de la refondation en santé de 2022 ? Si les constats sont partagés et les solutions consensuelles, le choix politique d’agir dans la durée, en concertation avec toutes les parties prenantes et en ajustant les actions aux besoins, nous a cruellement fait défaut.  

Cette décision du Premier ministre mérite donc d’être examinée avec attention. La création d’une instance départementale pour l’accès aux soins définit un lieu d’échange, de concertation et d’accompagnement de l’offre de soins de proximité. Ces comités existent depuis 2008 en Normandie, portés par sa charte partenariale pour l’accès aux soins ambulatoires. Ils accompagnent le déploiement des maisons et pôles de santé et des communautés professionnelles territoriales de santé. Ils ont su développer une culture du dialogue et du partage d’informations qui fonctionne entre professionnels de santé et institutions.  

En s’appuyant sur les expériences réussies et sur des missions à préciser en concertation, les comités pour l’accès aux soins peuvent assurer le pilotage et la régulation de l’offre de soins de proximité, pour faire coïncider les besoins de santé exprimés par les élus territoriaux et par les patients avec une offre de soins correspondante. Leurs constats et recommandations doivent guider le pilotage des effectifs de professionnels de santé en formation. Ainsi ces instances, voulues par le Premier ministre, pourront orienter l’installation des professionnels afin de répondre aux besoins réels des patients. Des besoins aujourd’hui occultés par les acteurs de la financiarisation."

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