C’était “le 24 septembre 2019”, se souvient Pascal Dureau. Le tout premier accord conventionnel interprofessionnel (ACI) est alors signé entre une CPTS – la CPTS de Vénissieux (depuis étendue à Saint-Fons) –, la CPAM du Rhône et l’ARS Auvergne Rhône-Alpes. Mais le médecin généraliste, installé dans la commune de la métropole lyonnaise depuis 1990, ne s’attarde pas sur l’émotion du moment. Car cet émargement n’était pas une fin en soi, et tout restait à construire : il a fallu immédiatement recruter, trouver des locaux, du matériel… Et affronter le Covid-19, qui fera office d’accélérateur.  

La signature était toutefois une étape d’une aventure entamée en… 2015. Cette année-là, est créée l’association Inter pro santé Vénissieux (Ipsav),  qui réunit les représentants de dix professions de santé autour d’une conviction : la coordination des soins ne doit pas se limiter aux MSP, qui ne concernent qu’une partie des professionnels. Elle doit aussi s’organiser à l’échelon territorial. Lorsque les CPTS sont inscrites dans la loi en 2016, le collectif est déjà au travail. Il dépose le projet de santé en mars 2017, qu’il devra “réécrire trois fois”. “On a essuyé les plâtres”, se souvient le secrétaire général. S'est-il senti “pionnier ?” “C’est un collectif, ce n’est pas moi”, insiste-t-il.  

L’enjeu dépassait largement Vénissieux. À l’époque, contextualise le médecin engagé syndicalement depuis 1993, les débats autour de la loi de santé font émerger plusieurs conceptions de l’organisation territoriale des soins. Il y a celle du service public territorial de santé, où ARS et hôpitaux jouent un rôle structurant. Et celle portée par les professionnels de ville eux-mêmes, qui sera incarnée par les CPTS. C’est cette dernière que défendent Pascal Dureau et ses collègues. Ils ont lutté pour lui “donner corps”. “Il fallait montrer que les libéraux étaient capables de s’organiser.” La crise sanitaire fera office de levier.   

L’objectif initial de la CPTS – faire la liaison avec l’infirmier à domicile alors que le patient est encore hospitalisé – n’est pas (encore) atteint. Les circonstances n’ont pas aidé : instabilité de la gouvernance de l’hôpital local, crise sanitaire, jeunesse de l’organisation. Mais côté réalisations, “la liste est longue”, affirme le médecin, qui peine à n’en citer que 2-3 : campagnes de vaccination et de prévention, formation de professionnels, ouverture de maisons de santé... Et ce dans un contexte compliqué, avec “une démographie en-dessous de la Creuse”, et un zonage non adapté. Avec son équipe, il a contribué au “messianisme”, à “l’évangélisation” de ce modèle, qui n’est “pas une solution miracle”. Il l’a diffusé tant en local (avec aussi, les inter-CPTS) qu’au national, à travers la FCPTS. 

 

"La victoire des idées"

La création d’organisations est un fil rouge de sa carrière : première maison médicale de garde, en Rhône-Alpes ; premier SAS en fonctionnement ; premier groupement d’employeurs des maisons médicales de garde et son extension aux CPTS… “Je n’ai jamais eu peur de créer des structures.” Il résume ainsi sa philosophie d’action : “Quand il y a un besoin, on l’analyse et on crée les choses.” Il ne gagne pas d’argent sur ces organisations associatives, l’intérêt est tout autre : “Convaincre les gens que si on se regroupe, si on s’organise, on peut être performant et crédible”. D’autres s’en emparent, souvent. Pour celui qui sera bientôt retraité (c’est prévu pour le 30 janvier 2028), peu importe la “reconnaissance individuelle”. Ce qui compte, c’est “la victoire des idées”.  

Lorsqu’il regarde le chemin parcouru, il se dit : “Voilà, j’aurais fait ça”, avec “le sentiment qu’on a fait ce qu’on pouvait”. “Mieux vaut avoir fait les choses et s’être planté que ne pas les avoir faites et se dire : ‘Finalement, j’aurais pu’”. Pour le généraliste, “le problème des soins ambulatoires en France est l’absence d’organisation et de structuration”. À 66 ans, celui qui est aussi élu métropolitain, compte continuer à jouer un rôle, mais davantage en coulisses, en accompagnant et en soutenant les porteurs de projets. Il a un message à passer à la relève, au rendez-vous selon lui : “Il ne faut pas avoir peur d’innover, de faire des choses qui, des fois, rencontrent des résistances”.  

 

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