"Près de sept millions de personnes sont aujourd'hui sans médecin traitant, des services d'accueil des urgences ferment, faute de pouvoir répondre aux besoins, les hôpitaux sont saturés et l'offre de soins en ville demeure insuffisante…" A moins de deux mois des prochaines élections municipales – prévues le 15 mars prochain – France Assos santé a publié le 21 janvier dernier un manifeste proposant 17 mesures afin de faire de la santé "un levier d'action pour les maires". Adressé aux candidats et aux associations d'élus locaux, ce manifeste doit "inspirer l'action des futurs édiles" et "faire avancer le débat". Car "si le maire est quotidiennement aux prises avec de nombreux sujets qui impactent directement la vie de ses concitoyens, le résultat, en matière de santé, n'est pas toujours à la hauteur", déplore la fédération, qui a mené une enquête sur les connaissances et attentes des Français sur les compétences des maires dans ce domaine. Publiée en novembre dernier, celle-ci révèle que "les citoyens identifient clairement les responsabilités de leurs élus locaux : garantir l’hygiène et la sécurité sanitaire, créer un environnement favorable à la santé et faciliter l’accès aux soins", précise France Assos santé. En revanche, seuls 53 % d’entre eux jugent satisfaisantes les actions menées dans leur commune. 

 


Pour améliorer l'accès aux soins, France Assos santé souligne le pouvoir d’action des communes et intercommunalités "dans une logique de responsabilité populationnelleet appelle à "un projet de territoire élaboré par les professionnels de santé", en lien avec l’ensemble des structures médicales du territoire (établissements de santé ou médico-sociaux, CPTS, etc.) et avec l’apport des associations d’usagers du système de santé. Ainsi, en se basant sur des diagnostics de territoire et des données locales qui mettent en lumière "les manques à tous les niveaux du parcours de soins et [permettent d']identifier les solutions adaptées à apporter", France Assos santé appelle les maires à favoriser la venue d'étudiants stagiaires sur leur territoire. Elle s'appuie ainsi sur une étude de l'Insee qui révélait qu'en 2019, la moitié des généralistes formés durant les années 2000 exerçaient à moins de 43 km de leur université d'internat. Les étudiants en médecine constituent ainsi "un levier précieux" dans la lutte contre les déserts médicaux", juge-t-elle, mais cela suppose de former plus de maîtres de stage (MSU) et de "garantir, si possible, des conditions d’accueil favorables aux internes"

Autre recommandation : créer des centres de santé et/ou favoriser l’implantation de maisons de santé. Parce qu'aujourd'hui,les médecins qui s’installent souhaitent "majoritairement" travailler en équipe, et que les centres ou maisons de santé répondent "le mieux" à cette attente. "En favorisant l’exercice coordonné entre les différents professionnels de santé qui y travaillent, ces structures facilitent le partage du dossier médical, le suivi et la fluidité du parcours du patient", assure-t-elle. Ainsi, si elles en ont les moyens, les communes ou les intercommunalités doivent contribuer à leur mise en place. D'autant qu'au-delà de garantir un meilleur suivi pour la patientèle, "ces structures peuvent attirer des médecins sur le territoire de manière plus pérenne que des aides à l’installation individuelle – lesquelles pèsent lourd sur le budget des collectivités" pour des résultats mitigés, rappelle-t-elle, citant un rapport de la Cour des comptes paru en novembre dernier.  

France Assos santé propose également aux communes d'inscrire la permanence des soins dans le projet local de santé et de structurer l'offre ambulatoire de garde sur leur territoire, en lien avec les CPTS. Il s'agit donc de créer des maisons médicales de garde, des centres de santé "avec permanence" ou encore des centres de soins non programmés... 

Parmi les autres propositions de France Assos santé : intégrer les notions de handicap, de vieillissement et de précarité dans le contrat local de santé pour prendre en compte les publics fragiles ; renforcer "l'aller vers" à travers notamment des téléconsultations coordonnées avec les acteurs du territoire, parce que la télémédecine "doit être ancrée dans une logique territoriale coordonnée" et que "les maires peuvent y contribuer de maintes façons, en soutenant les projets coconstruits avec les CPTS, les maisons de santé ou les hôpitaux de proximité, et en favorisant la téléconsultation assistée, dans des lieux équipés et avec un accompagnement humain", souligne France assos santé. 

Les maires devraient aussi mener des actions de médiation numérique de proximité pour garantir l’accès aux droits et aux soins ; faciliter la compréhension de l'offre de soins, ou encore "favoriser et développer l'acculturation générale de la société aux questions de fin de vie"

 


De plus, les politiques locales pouvant agir "concrètement pour créer des environnements favorables à la santé", et parce que s’"engager pour des environnements sains, c’est investir dans l’avenir : celui d’une population en meilleure santé, d’un système de soins moins saturé et d’un territoire plus attractif, avec moins d’inégalités sociales de santé", les futurs maires doivent "faire de la santé le fil conducteur de toutes leurs politiques publiques, pour que la prévention devienne une réalité quotidienne et partagée". Comment ? En interdisant la publicité pour l'alcool à proximité des écoles et des lieux de soins, en devenant "partenaire officiel" du Défi de janvier ou encore, en limitant l'implantation des fast-foods près des écoles ou en limitant la publicité pour la malbouffe dans l’espace public…  

"Quel que soit leur positionnement politique, les candidats détiennent une partie des clés pour agir sur la santé dans les territoires", assure France Assos santé. Donc, "en tant qu’usagers, soyons exigeants", insiste la fédération : "Donnons la préférence à celles et ceux qui permettront, dans les prochaines années, un meilleur accès aux services de santé et un cadre de vie plus favorable à notre santé". 

 

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