Un doux vent fait danser les banderoles ce jeudi midi au croisement de l'avenue Duquesne, point de ralliement des cortèges partis des maisons ou centres de santé parisiens ou franciliens et du Congrès national des centres de santé, organisé à quelques rues du ministère de la Santé. Équipés de pancartes, tous – professionnels de santé, médiateurs et coordinateurs en santé, accueillants, élus et usagers – sont venus "montrer qu'[ils sont] toujours mobilisés" en faveur des structures d'exercice coordonné participatives. C'est la raison pour laquelle Dora Levy, médecin généraliste à la MSP Pyrénées-Belleville (Paris 20e) que nous avions croisée à une précédente mobilisation place de la République en février dernier, a fait le déplacement ce jeudi. Car l'inscription du modèle dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 pose "un cadre" mais le texte compte encore "des choses imparfaites", déplore-t-elle. 


crédit : K.R.

Car le projet de loi inscrit Secpa dans le droit commun, mais à certaines conditions. Notamment, une labellisation pour une période de cinq ans "renouvelable" suivant un cahier des charges défini par arrêté ministériel et un nombre restreint de structures par région. "C'est absurde !, lance Arnaud Bontemps, gestionnaire du centre de santé La Place santé (Saint Denis). Ce plafonnement empêche de fait d'autres structures de rejoindre un modèle dont on reconnait, en même temps, qu'il est souhaitable et intéressant. Donc la question est : est-ce que ce modèle de santé est cantonné à une poignée de quartiers populaires ou c’est un modèle dont on souhaite et dont on permet le développement ?"
 

 
 

L'enveloppe proposée dans le PLFSS 2027 est également "réduite", détaille Dora Levy : 10 millions d'euros par an pour 27 maisons et centres de santé. "Soit une de plus que les structures expérimentatrices", regrette-t-elle. Alors que le Ségur de la santé prévoyait initialement la création de 60 structures… et que l'article 51 – qui a permis l'expérimentation du modèle dans 26 structures – a été évalué positivement et n'attendait plus que sa généralisation dans le droit commun… "On sait que c'est le rapport de force [notamment la forte mobilisation au printemps dernier, alors que l'expérimentation avait été brutalement arrêtée fin janvier, NDLR] qui a permis tout cela aujourd'hui… mais on a l'impression de devoir encore batailler", confie Dora Levy. 

Lunettes de soleil sur le nez et pancarte en main, Anne est venue "défendre le dispositif Secpa qui a fait ses preuves", assure celle qui est membre du conseil des usagers de la MSP Pyrénées-Belleville : "Quand on a appris qu'il était remis en cause pour des raisons budgétaires, on n'a pas hésité à se mobiliser en tant qu'usager." D'autant qu'on a "tout à y gagner", lance Pascale, sa voisine, bien emmitouflée dans son ciré jaune : "Le gouvernement a tout à y gagner pour la santé, pour les citoyens… J'ai assisté à la naissance de la maison de santé, c'est incroyable ce que fait l’équipe. On va nous dire qu'on manque d'argent mais je pense que les politiques ne viennent pas assez sur le terrain pour voir les conditions dans lesquelles les gens vivent. Ils devraient venir dans ces maisons et ces centres de santé pour voir tout le travail que ces équipes accomplissent, c'est hallucinant… Ils sont remarquables."

crédit : K.R.

 

"Ici on soigne aussi les invisibles". "Quand l'Etat attaque, la MSP contre-attaque". "Secpa, c'est pas Koh Lanta. On a gagné le droit d'exister". "Secpa à sec, la santé publique boit la tasse". Les pancartes sont brandies, les messages scandés, des chansons entonnées par la centaine de personnes présentes : "On n'a qu'une philosophie, le quartier c'est notre vie / Notre centre, on en est fier, on n'veut pas d'promesses en l'air / (…) On veut la thune qu'on nous a promise / Pour bien soigner on a besoin d'être au complet / Sans financements, moins d'soins pour nos patients / Le collectif attend… maintenant rendez l'argent." 

 

Coordinateur du réseau des centres de santé communautaire, Fabien Maguin estime également que la retranscription de la mesure dans le projet de loi "est trop limitée". D'autant qu'"elle s'inscrit dans un PLFSS qui, comme les précédents, comporte des mesures dégueulasses. Il va y avoir des atteintes aux droits sociaux, à l'accès aux droits, aux soins. Ça fragilise tout le système de santé. Et nos structures seront en première ligne pour récupérer les dégâts que le PLFSS va provoquer", insiste-t-il, tout en plaidant pour "une plus grande ambition" des politiques. Car la mesure du PLFSS porte sur 27 structures, donc "au mieux, 27 quartiers", alors qu'on compte "près de 1.600 QPV en France". Au final, "s'il ne se passe rien", trois scénarios se dessinent, selon lui : les structures déjà en activité vont "bientôt claquer", celles qui sont en création ne verront pas le jour, et les autres "resteront cantonnées dans une logique d'offre de soins qu'elles veulent dépasser".


crédit : K.R.
 

Au sein de la MSP Pyrénées Belleville, le financement Secpa permet de financer le poste de 7 professionnels salariés – médiateurs en santé, accueillant, psychologue, coordinatrices, assistantes sociales – ainsi que plusieurs activités comme les coachs sportifs, l'interprétariat téléphonique, les activités collectives et participatives mises en place avec les usagers… Et Mady Denantes, médecin généraliste au sein de la maison de santé est "sidérée" par la situation actuelle : "On met en place quelque chose qui marche, qui a montré son efficacité. On lance des équipes dans cette aventure, elles acceptent de jouer le jeu, et ça marche. Et puis, on arrête. Donc on fait quoi, on repart en arrière ?", lance-t-elle.Surtout que l'enveloppe demandée [40 millions d'euros, NDLR], "c'est une goutte dans le budget de la Sécu", assure-t-elle. "Mais une goutte qui fait économiser beaucoup de gouttes ! Aujourd'hui, grâce à nos médiateurs en santé, nos patients peuvent être mieux pris en charge. Sans eux, beaucoup auraient du mal à se repérer, à savoir où aller. Sans les médiateurs, sans interprétariat, sans Secpa, c'est mission impossible !"

RETOUR HAUT DE PAGE